Janvier 2004
L'Internet : une question d'âge ?
Internet et famille : du plus petit au plus grand
4es Rencontres de l'ISOC-Belgium (Chapitre Wallonie)

Après " Éducation, Cultures et l'Internet " (2000), "Les politiques de la Société de l'Information, l'eGouvernement et la simplification administrative" (2001), ".com, .eu, .be : du changement dans l'air !" (février 2003), le Chapitre Wallonie de l'ISOC (Internet Society) organisait, le 5 décembre dernier, dans les locaux de l'Institut, ses 4es Rencontres sur le thème "Internet et famille : du plus petit au plus grand".
L'ISOC-Belgium (Wallonia) a voulu profiter de la réflexion de Bernard Benhamou, auteur du rapport intitulé "Projet Proxima, Pour une appropriation de l'Internet à l'école et dans les familles" et destiné aux ministres Xavier Darcos et Christian Jacob (France), pour s'interroger sur un des enjeux de la Société de l'Information : "Quels projets pour Internet dans les familles ?"(1). Des acteurs belges, gravitant autour de cette question, ont aussi participé à ces 4es rencontres et partagé leurs problématiques et leurs expériences.

Pour Bernard Benhamou, école et famille seront la matrice de formation à l'Internet et à ses usages. Plus encore, évoquant le projet italien Storia e Memoria sur la reconstruction ensemble de la mémoire de la fin du néofascisme et des mouvements de résistance(2), il souligne les enjeux citoyens de l'approche. À la différence des autres médias, l'Internet a d'abord été conçu comme un outil d'échange. C'est donc en impliquant l'ensemble des citoyens dans la démarche d'élaboration des projets qu'il sera possible de créer de nouveaux usages pour l'Internet. Plus que des témoins de ces mutations, dit-il, les familles en deviendront alors les acteurs majeurs. Dès aujourd'hui, l'Internet est devenu un espace public pour quelque 700 millions de personnes, avec des dimensions technique, personnelle et humaine, organisationnelle et juridique. L'urgent est, sans doute, de diversifier les modes d'accès, de créer des "carrefours numériques - des digital hubs" de l'électronique familiale, où un contrôle culturel soit possible. L'urgent est aussi, quand on constate le profil de l'internaute moyen, de démocratiser cet accès. Il faut maintenir à la fois l'échange, le partage et la diversité. Pour cela le concept de proximité, de "géolocalisation" qui rend le service proche et alimenté par l'utilisateur, doit sans doute être creusé.
Différents conférenciers sont venues éclairer cette problématique. Tout d'abord, Michael Petit (FUNDP) a présenté des résultats de

l'enquête menée en Communauté française dans le cadre du projet FKBKO - ONCE (For Kids by Kids Online - Online Children Education), sur la manière dont des enfants et des adolescents se situent par rapport à l'Internet et aux règles de sécurité élémentaires pour une navigation sûre. C'est ainsi qu'ont été évoqués : la découverte de l'Internet, le lieu et l'âge de première connexion, la visite de sites en langue étrangère, l'existence d'un site personnel, les objectifs de l'utilisation de l'Internet et ses risques, l'utilisation du courrier électronique, du 'Chat' et des groupes de discussion. Mariana Cocirdan (Agence Wallonne des Télécommunications, AWT) a mis en évidence quelques grandes tendances, telles qu'elles découlent d'enquêtes menées par l'AWT, tant en termes de veille technologique qu'en termes d'usage. Elle s'est plus précisément interrogée sur les tendances de l'usage par les familles. Thierry De Smedt (Educaunet et UCL) s'est, quant à lui, interrogé sur le sens et la place du risque dans l'éducation. Distinguant l'interactivité (relation à la machine) de l'interaction (relation aux personnes), il examine où se situe, en comparaison aux autres médias, l'Internet dans l'espace de la relation ; il distingue aussi, du point de vue des contenus, l'immanence (les messages émanent des membres du réseau) et la transcendance (où le contenu est produit par une entité externe). L'Internet est un lieu de haute interactivité et de haute interaction, tandis que du point de vue du contenu, il est un lieu d'immanence et de haute imprévisibilité. L'Internet est un univers incertain où la communication se passe dans le brouillard, dans un espace décontextualisé et indifférencié. Les risques… il y en a, mais pour les autres ! Ils s'appellent : virus, sexe, violence,… Ils sont nécessaires à l'éducation, surtout à la post-adolescence. Le jeune s'invente des risques quand on les lui supprime. L'Internet peut être un lieu où il est bon pour lui de trouver ceux avec lesquels il va "penser le risque". L'Internet n'est-il pas né et n'a-t-il pas ouvert un espace public au moment où le monde était, pour lui, un "monde cocoon" ? Il faut probablement réfléchir en termes de "passer du danger au risque". En tout cas, il faut former à vivre dans des espaces sociaux non régulés et lutter contre la banalisation des objets, développer des visions, des objectifs, aider à la maturation et non s'obstiner à prémunir du risque.
La dernière partie de ces rencontres a permis de préciser quelques pratiques. Celle de la Ligue des Familles, présentée par Natalie Slegers. La Ligue des Familles, bien qu'essentiellement " éditeur papier ", fonctionne aussi comme mouvement d'éducation permanente et a développé six centres de formation pour adultes, essentiellement pour femmes et grands-parents. Elle note un grand désarroi des familles. Actuellement les mesures de protection proposées sont essentiellement les filtres, mais plus encore, la recréation de liens sociaux entre parents et enfants. Laurence Hennuy (Child Focus) fait état des cinq ans d'opérationnalité de de Child Focus dans sa double finalité : la recherche des enfants disparus et la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants. Dans le domaine de l'Internet, Net Alert lutte contre la pédopornographie, mais aussi contre le racisme et la violence(3). Enfin, François Georges (LabSet, ULg) a montré comment, dans le cadre du Plan mobilisateur wallon (PMTIC), certains aspects relatifs aux familles ont pu être développés. Le PMTIC mobilise quelque 104 opérateurs et 350 formateurs et s'adresse, de facto à 60% de femmes. Outre l'aspect de création de connaissances et de réinsertion professionnelle (son premier objectif), il a permis aussi une certaine re-socialisation, le maintien de contacts dans les familles et la valorisation des personnes vis-à-vis de leurs enfants.
Ces 4es Rencontres ne visaient pas à manifester tout ce qui se fait en Wallonie, en Communauté française et en Belgique, mais à prendre le pouls d'une opération de longue haleine pour rejoindre les aspirations et les besoins de tous.
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(1) Bernard Benhamou, Maitre de conférence pour la Société de l'Information à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Le Projet PROXIMA, Pour une appropriation de l'Internet à l'Ecole et dans les Familles, Mission Internet, Ecole et Famille, Ministère Délégué à l'Enseignement Scolaire et Ministère Délégué à la Famille, Août 2003, http://www.netgouvernance.org/
(2) Associazione culturale Storia e Memoria, http://www.storiaememoria.it/default.php
(3) Child Focus, http://www.childfocus-net-alert.be
Quelques conclusions ? Non, plutôt des pistes de réflexion et des questions. Est-il sûr que
- l'intérêt pour les familles s'enracine dans le souci de développer des usages nouveaux et appropriés ? Partiellement peut-être, mais on ne peut se cacher que les familles sont un marché.
- Ensuite, est-il sûr, du point de vue technique, que les logiciels disponibles aient rejoint la multiplicité des tâches que suppose l'éclatement de la notion de 'lieu familial' liée au développement des technologies de l'information et de la communication : gestion de la maison (domotique), travail à domicile, loisirs des enfants, ... Des spécialistes du Home Telematics and Informatics (HOIT), tel Andy Sloane (Wolverhampton University, UK), ne le croient pas.
- Du point de vue social et éthique enfin, le programme de la Commission Européenne, Internet Action Plan for a Safer Internet (IAP), a été un premier moment. On songe à ses trois composantes: les points de contact (hotlines), les filtres et les actions de conscientisation-sensibilisation. Qu'en sera-t-il du futur ? On regrettera sans doute le Bulletin Safer Internet dont le 31e numéro de décembre 2003 était le dernier ! N'y a-t-il pas, plus profondément, un conflit entre les dimensions sociales et éthiques et les intérêts économiques en jeu ? Il faut se rendre compte que l'autorégulation en ce domaine, est tout à fait minimaliste et que les codes d'éthique des fournisseurs de services, par exemple, n'arrêteront pas la diffusion croissante de ce qu'un Livre Blanc de la Commission européenne appelait le "matériel illégal et préjudiciable". Le rapport 2003 du groupe italien Telefono Arcobaleno (Rainbow Phone) le confirme malheureusement encore(4).
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(4) Monitoring of Pedophilia Online Annual Report 2003, http://www.telefonoarcobaleno.com/

Jacques Berleur s.j.


est devenu réalité!

Cela faisait longtemps qu'on en parlait : c'est fait ! Le LIBD (Laboratoire d'Ingénierie des Bases de Données), sous la direction du Prof. J.L. Hainaut, a démarré sa spin-off "REVER". L'objectif de la spin-off est de proposer des services en rétro-ingénierie et ré-ingénierie des systèmes d'information et de commercialiser l'atelier logiciel DB-MAIN.
REVER est né d'un partenariat entre des investisseurs (privés et publiques), des gens de terrain et d'anciens chercheurs de l'Institut. Son siège social est situé à Charleroi. Actuellement une équipe de quatre personnes (Jean Henrard, Vincent Ciselet, Jean-Marc Hick et Didier Roland [de gauche à droite sur la photo]) est située dans le bureau 428 de l'Institut.

REVER S.A.
Bld Tirou 130
B-6000 Charleroi
www.rever-sa.be
Tél.: +32-71-20 71 61 - Fax: +32-71-20 71 65


IFIP Namur Award 2004 [Photos]

En 1991, l’IFIP (International Federation for Information Processing) Working Group 9.2. créait un IFIP-WG9.2 Namur Award destiné à reconnaître une contribution internationale exceptionnelle qui mette en évidence les implications sociales des technologies de l'information.
Cette année, le 7ème Namur Award prix a été attribué au Professeur Ian H. WITTEN, du département de Computer Science de l’Université de Waikato, New Zealand.
L’IFIP-WG9.2 a voulu reconnaître son travail de pionnier à l’encontre de la “fracture numérique”, sa volonté de préserver et de partager l’héritage culturel, et de donner aux personnes et aux organisations la capacité de développer et de diffuser d’importantes “bibliothèques digitales”, telle la New Zealand Digital Library.
La cérémonie du 7ème IFIP-WG9.2 Namur Award a eu lieu le vendredi 16 janvier 2004 à 17h00, à l’Institut d'Informatique.
Pendant la cérémonie, le Professeur Ian H. Witten a prononcé la “7th Namur Award Lecture” sur le thème : Digital libraries, developing countries, and information for all.

Prof. Jacques BERLEUR
IFIP-WG9.2 Namur Award Committee Chairman



Agenda

Prochaines Réunions du BEX : 29.1.04, 26.2.04

Staff Seminar : E. Asarin "Systèmes hybrides vus par un informaticien", 2.2.04 au S3 (abstract)

AG de l'Institut : 11.02.04

Journée Entreprises (ALMIN) : 17.02.04 - Grenier de l'Arsenal

Prochaine Réunion du Conseil : 11.03.04

A noter : Colloque IHM’04 : 30.08 au 3.09 2004
Soumission des communications : pour le 24 mars 2004

Les aînés sont-ils du mauvais côté de la fracture numérique ?
Extrait de La Lettre EMERIT n°37, décembre 2004. Article complet téléchargeable sur : http://www.ftu-namur.org/emerit

De la Commission européenne à la Région wallonne, des éditeurs de logiciels aux associations d'aînés, des gérontologues aux ergonomes, beaucoup de monde s'intéresse aujourd'hui à l'attitude des personnes âgées vis-à-vis des technologies de l'information et de la communication (TIC).

Au-delà des apparences
Si on s'en tient aux données de la dernière enquête menée par l'Agence wallonne des télécommunications (AWT), le pourcentage d'utilisateurs d'Internet décroît avec l'âge de manière quasi linéaire: de 92% dans la tranche d'âge 15-21 ans à 17% pour les 60-64 ans et 9% chez les plus de 65 ans. Un zoom sur ceux qui utilisent Internet donne des résultats plus intéressants. Il n'y a pas de différence significative entre les tranches d'âge pour ce qui concerne la fréquence d'utilisation, ni les types d'usages (à l'exception des usages ludiques chez les plus jeunes). Parmi les utilisateurs réguliers d'Internet de 60 ans et plus, les hommes sont trois fois plus nombreux que les femmes. Il y a aussi deux fois plus d'utilisateurs d'Internet parmi les personnes qui ont encore une activité professionnelle que parmi les retraités. Le niveau d'éducation est une autre variable déterminante.
Ceci confirme le rôle central de l'environnement professionnel dans l'appropriation d'Internet. Dans la tranche d'âge des 60+, les femmes ont été beaucoup moins nombreuses à travailler que dans les générations plus jeunes. Elles ont aussi été moins nombreuses à occuper des emplois qualifiés, qui leur auraient donné accès aux TIC. De même, les seniors qui ont un diplôme plus élevé, et donc souvent un travail intellectuel, ont eu plus d'opportunités pour se familiariser avec les TIC dans le cadre de leur travail. Au cours des prochaines années, l'influence de l'environnement professionnel sur les "nouveaux entrants" dans la tranche 60+ s'accroîtra encore.
Par ailleurs, le seuil d'âge envisagé pour départager les aînés et les autres est une variable très critique. Alors que l'AWT met la barre à 60 ans, de nombreuses études récentes sur l'usage des TIC par les aînés mettent le seuil d'âge étonnamment plus bas: 50 ans !

Les 50+ : un amalgame très hétérogène
De nombreuses études européennes s'adressent à la catégorie des 50 ans et plus, dans laquelle elles identifient un nouveau marché pour les TIC. Les praticiens du marketing distinguent trois segments de marché parmi les 50+: la tranche 50-59, composée de consommateurs actifs et dynamiques; la tranche des 60-74, parfois dénommés "les libérés"; la tranche des 75 à 84 ans, qualifiés de consommateurs paisibles. Cette typologie est toutefois assez caricaturale, car elle ne prend en considération que l'âge, en négligeant d'autres facteurs très importants dans l'usage des TIC: les ressources financières et cognitives, la situation professionnelle passée et présente, la composition familiale et le degré de mobilité.
Dans les discours sur la société de l'information, l'âge est souvent associé à ses aspects négatifs (réflexes plus lents, diminution des capacités visuelles et de la mémoire, etc.), plutôt qu'à ses aspects positifs: l'expérience, le réseau de relations. Le monde des entreprises n'est pas en reste: combien de fois n'entend-on pas souligner les difficultés des travailleurs de plus de 50 ans à s'adapter aux nouvelles technologies et aux nouveaux rythmes de travail ? Et combien de fois employeurs et syndicats ne se sont-ils pas mis d'accord pour envoyer très tôt les quinquagénaires à la préretraite, sans envisager des systèmes progressifs de réduction de l'activité ?

S'intéresser aux usages
L'étude réalisée pour la Région wallonne par les équipes universitaires de Namur (CITA), Liège (LENTIC) et Bruxelles (GRISH) n'est pas dupe de l'ambiguïté de la catégorie des 50+. Elle a pris le parti de contourner la difficulté en s'intéressant à la diversité des usages des TIC et aux modes d'appropriation des TIC par les aînés. Pour certaines technologies, comme le GSM, l'utilité attendue ou mesurée prend le pas sur la complexité. Pour l'ordinateur et Internet, l'utilité n'est pas à la mesure de la complexité et celle-ci reste un obstacle, que plusieurs facteurs peuvent aider à franchir: l'expérience acquise dans le travail ou dans des loisirs actifs, les réseaux d'amis ou l'aide des enfants. Quand l'obstacle de la complexité est franchi, il n'y a pas de retour en arrière et la créativité est parfois surprenante.
Les problèmes mentionnés par les seniors ne sont pas très différents de ceux rencontrés par les générations plus jeunes, mais ils prennent une importance plus grande pour les aînés: interfaces ou procédures de navigation trop compliquées, absence de manuels d'utilisation clairs et lisibles, obsolescence trop rapide des matériels et des logiciels.

Internet, une nouvelle sociabilité pour les aînés
Pour les aînés, Internet n'est pas seulement un marché, c'est aussi une aventure, indissociable des activités sociales, culturelles et familiales: les relations avec les enfants et petits-enfants, l'appartenance à des associations, les hobbies, les loisirs, le besoin de s'informer et de communiquer.
Dans ces conditions, la fracture numérique menace-t-elle les seniors ? Comme nous l'avons précisé dans l'ouvrage Internet et inégalités, la fracture numérique ne se mesure pas au nombre de connectés, mais aux discriminations qui peuvent s'instaurer entre ceux qui utilisent Internet et ceux qui ne l'utilisent pas. Pour les aînés, encore davantage que pour les plus jeunes, il est impératif de maintenir la diversité des canaux d'information et de communication, ainsi que les services de proximité.

Gérard Valenduc et Patricia Vendramin
FTU Namur

- Delacharlerie A., Seniors et TIC: quelques résultats des enquêtes AWT, Actes de la conférence Seniors et TIC, Gembloux, Novembre 2003 (www.awt.be)
- Lobet-Maris C., Galand J-M. (CITA/FUNDP), Pichault F., Durieux D.(LENTIC/ULg), Wilkin L. (GRISH/ULB), L'appropriation des nouvelles technologies par les Wallons de 50 ans et plus, Rapport DGTRE, 2002.
- Vendramin P., Valenduc G., Internet et inégalités, Labor, Bruxelles, 2003.

Modifié le 20.10.2003 - problème technique :


Institut d'Informatique - FUNDP - 21, rue Grandgagnage - 5000 Namur
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Responsable éditoriale : Marie d'Udekem-Gevers
Coordination de la collecte de l'information : Babette Di Guardia

Responsable technique :
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